L'enfance et l'éveil
Takuboku Ishikawa naît le 20 février 1886 dans la préfecture d’Iwate, au nord-est du Japon. Son prénom de naissance est Hajime. Il grandit dans un univers provincial encore profondément marqué par les traditions, tandis que le pays, depuis la restauration de Meiji, s’engage dans une modernisation rapide. Entre la permanence des coutumes et l’apparition de nouvelles idées, le jeune garçon découvre peu à peu un monde plus vaste que celui de son enfance.
Son père exerce des fonctions religieuses dans un temple bouddhique. Les paysages du nord, les saisons et la vie des communautés rurales forment le décor de ses premières années. Ces souvenirs ne constituent pas simplement un arrière-plan : ils deviendront une part essentielle de cette mémoire que le poète interrogera tout au long de sa vie.
Très tôt, Takuboku manifeste un goût prononcé pour les lettres. L’école lui ouvre des horizons nouveaux et lui permet de découvrir les courants littéraires qui transforment le Japon. À Morioka, il se rapproche de jeunes gens qui partagent ses aspirations. Parmi eux figure Kyosuke Kindaichi, qui deviendra un linguiste reconnu et restera lié à son histoire.
À l’adolescence, Takuboku ressent déjà l’impatience de ceux qui veulent quitter leur milieu pour tenter leur chance ailleurs. Il ne souhaite pas seulement écrire : il veut donner à l’écriture une place centrale dans son existence. La littérature devient pour lui une promesse de liberté, mais aussi une exigence qui l’éloignera progressivement de la sécurité que son environnement pourrait lui offrir.
En 1902, à seize ans, il se rend à Tokyo et entre en contact avec le milieu littéraire du poète Yosano Tekkan. Cette première expérience de la capitale nourrit ses ambitions, sans lui permettre de s’y établir durablement. Les difficultés matérielles et la maladie l’obligent à revenir dans sa région natale.
Le rêve, pourtant, demeure. En 1905 paraît son premier recueil, Akogare, titre que l’on peut traduire par Aspiration. Takuboku commence ainsi à se faire connaître, mais il comprend vite qu’une reconnaissance littéraire ne suffit pas à assurer une existence stable. Entre l’élan de la jeunesse et les nécessités de la vie quotidienne, sa vocation devra désormais trouver son chemin.