Une enquête

Par Catherine Robert

Dans les paysages sarthois, j'ai fureté la mémoire familiale. Plus tard, ce fut l'épuisement des lieux manceaux - traces de ma jeunesse tous azimuths. Des archives glanées, interprétées, j'ai engendré un champ saturé de nostalgie... jusqu'au vertige.

Un homme froissé

Écrire, c'est comme craquer une allumette au cœur de la nuit en plein milieu d'un bois. Ce que vous comprenez alors, c'est combien il y a d'obscurité partout. La littérature ne sert pas à mieux voir. Elle sert seulement à mesurer l'épaisseur d'ombre.
William Faulkner, Requiem pour une nonne, 1951

Ce n’est certainement pas dans ces termes qu’il aurait pu faire le récit de son expérience. Ni écrire, ni littérature, mais combattre et guerre, et il n’y aurait pas eu de cérémonie de souvenir, mais un retour vers la ville, la femme et la fillette qu’il ne reconnaîtra pas.

Ce pan de famille, c’est le hasard qui me le procure toute à la fatigue d’éplucher les documents – une traversée de l’impossible, de heurts, larmes et abandons, un vertige auquel je ne comprends plus rien, coincée entre dates de naissance, de mariage et de décès. Ils et elles ont vécu, simplement des personnes en vie dans un espace-temps, et reliées entre elles.

Feuilletant un album familial, je reconnais le grand-père maternel décédé dix ans avant ma naissance. Au dos de la photographie où il pose avec d’autres hommes, tous plutôt mal en point, une date et un lieu. Mon regard dès lors va totalement dévier. Je pressens quelque chose qui suinte et s’épand jusqu’à sa fille, ses petits-enfants et arrière-petits-enfants.

Mes soupçons ? La mise en suspension de vies futures comme un phénomène de déplacement des matériaux fins entraînés par le courant d’un cours d’eau sans toucher le fond. La brisure de rythmes familiaux au-delà des générations à venir, en la personne de l’inoffensif Louis A.P.

Un corpus à fouiller sur site

En 2023, m'occupent la lecture d'héritages familiaux dont l'arbre généalogique et des recherches relatives à la Sarthe et au Mans. Après deux séjours là-bas, une fois les émotions passées au crible, s'articule une perspective entre Le Mans - ville natale, quittée et retrouvée - et le Gard aujourd'hui. Depuis, j'éprouve comment le goût du déplacement de mes aïeules a impulsé leur émancipation (contours, soubresauts, limites et devenir de ce processus).